Les cendres de Fabio

L’exposition propose un espace réunissant un ensemble d’œuvres autour de la disparition, de la mémoire et de la réparation. Une même dramaturgie visuelle les relie : chaque œuvre émane d’un drame marqué par la destruction et la perte, et fait apparaître ce qui, malgré l’absence, demeure présent, ouvrant ainsi la possibilité d’une réconciliation avec la perte.

Allégorie photographique

À l’entrée du parcours, une arche marque un seuil entre deux régimes d’expérience. En la franchissant, le visiteur quitte une réalité gouvernée par l’usage, l’immédiateté et la succession ordinaire du temps pour entrer dans un espace où formes, matières et images ouvrent sur une autre profondeur du réel. L’arche l’incite ainsi à changer de régime d’attention et à se rendre disponible à ce qui, dans l’expérience sensible, excède la seule apparence des choses.

Le visiteur pénètre dans une chambre dominée par le blanc, au centre de laquelle se déploie une imposante bande de lin couverte de mots, tandis que des fragments photographiques sont disposés de part et d’autre. La blancheur relie les œuvres tout en accentuant leurs différences de matière, de surface et d’échelle ; lambeaux, lacunes et inscriptions composent un lieu marqué par l’image parcellaire et la parole cryptée.

Deux arches rapprochées marquent le passage vers la suite de l’exposition. Elles créent un espace transitoire chargé du mystère qui précède la découverte d’un lieu que l’on peut imaginer longtemps soustrait au regard. Cette paire d’arches agit comme un sas : elle prépare le visiteur à une qualité de présence plus intense. Tel un archéologue, il s’apprête à pénétrer dans la chambre d’un monument funéraire et à atteindre le cœur du drame.

Au terme du parcours, la chambre noire prend la forme d’un cénotaphe. Cinq portraits de Fabio apparaissent comme autant de visages possibles pour un même être aimé et disparu. Cet espace impose le recueillement et donne une présence à l’absence. La faible luminosité, l’alignement des portraits et la douceur inattendue du fond rose confèrent à l’ensemble une dimension que l’on pourrait qualifier de sacrée : un lieu où la mémoire peut accueillir Fabio et transformer la perte, la rupture, en apaisement et continuité.

Détail des œuvres

La storia

La storia porte le récit des Cendres de Fabio, une histoire qui se déroule à Rome et dont l'imaginaire entretient plusieurs liens avec l'Antiquité. Le texte du roman lié à l'exposition est reproduit intégralement sur une bande de lin de sept mètres, chaque ligne s'étirant sur toute sa longueur. Ainsi déployé, le récit peut être saisi d'un seul regard, comme une photographie — tout en rendant sa lecture continue presque impossible. Le texte devient alors un territoire à parcourir : le regard s'arrête librement sur un mot, un passage. Pour qui a déjà lu le roman, certains moments de l'histoire resurgissent ici et là, comme les souvenirs que fait remonter le feuilletage d'un album photo.

Le cineri

Le cineri trouve son origine dans l’histoire de Maria Motti, une photographe de grand talent qui, après sa rupture amoureuse avec Fabio, détruit l’ensemble de son œuvre. Son frère parvient à sauver quelques fragments de photographies déchirées et brûlées. Ils proviennent d’une série consacrée à une chemise blanche — celle de l’amoureux perdu — photographiée à vol d’oiseau. Ce point de vue transforme la chemise en une composition abstraite évoquant un paysage arctique : ses plis deviennent des reliefs et dessinent un ensemble de congères habitées par le silence, le froid et la désolation. Les fragments sont restaurés selon une approche inspirée de celle employée pour les fresques anciennes, qui recompose ce qui peut l’être tout en laissant visibles les lacunes. Les œuvres portent ainsi simultanément la trace de la destruction et celle du soin apporté à ce qui a survécu.

Fabio

Fabio traverse le récit comme une présence essentielle mais difficile à saisir. On sait qu’il a profondément compté pour Maria, mais très peu d’éléments permettent d’en fixer les traits. La série propose donc cinq versions possibles de son visage, comme autant de tentatives pour approcher celui qui demeure insaisissable et désormais hors d’atteinte. Chaque portrait correspond à une manière différente de reconstruire Fabio à partir de la mémoire, de l’amour et de l’imaginaire. La coexistence de cinq versions maintient ouverte la question du véritable visage et fait apparaître les formes multiples qu’un être absent peut prendre lorsqu’il ne subsiste plus qu’à travers le souvenir des autres.

Série: 10 œuvres

Titres: Paysage no 1, Paysage no 2, etc.

Dimension: 30,5 x 30,5 cm

Édition: 21 variantes

Collage de fragments photographiques sur carton. Impression pigmentaire sur papier baryté Harman Gloss FB AI, 350 g/m²

Dimension: 1 x 7 mètres

Édition: 5

Sérigraphie sur lin

Série: 5 œuvres

Titres: Fabio, tel que demeuré dans le souvenir de Maria, tel qu'il aurait paru, etc.

Dimension: 23 x 35,5 cm

Édition: 21 variantes

Transfert photographique sur bois, rehauts peints et dorure à la feuille d’or 23,5 carats