



Chroniques de l'éphémère
Chroniques de l’éphémère rassemble dix photographies et autant de nouvelles tirées de la vie quotidienne. À la manière d’un Polaroid, chaque chronique recueille un moment d’existence et le livre sous forme de photographie et de texte. Ces témoignages de moments éphémères sont réunis pour former le cahier d’un livre spécialement imprimé pour l’événement.
L’exposition présente les éléments séparés de ce cahier : pages, photographies, texte et couverture. Le livre cesse de rendre le récit dans un ordre structuré et devient un monde fragmenté à saisir, à déchiffrer et à habiter.
Cette fragmentation renvoie à la façon dont nous donnons sens à notre expérience. Le monde ne nous parvient pas de façon ordonnée. Nous relions des événements, des rencontres et des perceptions pour leur donner une forme intelligible et en tirer un récit. Les créations fragmentaires réunies pour l’exposition deviennent non pas les pièces d’un puzzle à reconstituer, mais le point de départ d’une interprétation du monde.


Fragments d'un monde
« J’aimais à penser que la lumière réfléchie par tous ces petits moments quotidiens s’alignent peu à peu sur ma pellicule. Lorsque je regarde rétrospectivement les photos ainsi glanées, il me semble qu’elles ont été davantage acquises par un collectionneur que par un chasseur d’images. »
« Les images montent en désordre. Ce souvenir incertain émerge des profondeurs d’une mémoire voilée. Pour masquer mon trouble, je prends spontanément mon appareil photo et garde le plus longtemps possible mon œil contre le viseur. »




« Nous sommes les personnages issus d’une pièce inédite de Tcheckhov. Le petit jardin dans lequel nous nous trouvons n’est déjà plus le même. Il ne sera jamais plus le même. »
« Je profite de ce séjour dans le Bas-du-Fleuve pour retrouver la trace de Stanislas Belle, un de mes photographes préférés. Je sais qu’il a vécu ici à la fin du XIXe siècle. Il se serait établi sur la rue Lafontaine en 1894 puis, en 1095, il a fait construire un studio de l’autre côté de la rue, à l’angle de la rue Amyot. »
« Mahalia Jackson interprétait Silent Night avec une intensité proche de la transe, des rires provenaient de la cuisine d’où s’échappait une odeur appétissante de tourtière, des flocons par milliards quittaient nonchalamment le ciselet transformaient le sol en un paysage d’une douceur absolue. J’ai chargé mon F3 d’un film Kodak Tri-X et je me suis mis en quête d’une première victime. »






« Si cette photographie était celle d’un avant et que je devais en prendre une autre aujourd’hui pour un après, on pourrait y voir un tout autre homme et un tout autre décor. »
Détail des œuvres


Pages
Chroniques de l'éphémère propose un jeu autour du cahier d'un livre, montré partiellement. Les quarante pages de ce cahier sont exposées par paires. Le fait qu'elles soient fixées au mur ne donne accès qu'à leur recto : la présence des pages du verso ne se devine qu'à travers la transparence du papier. La moitié du contenu nous échappe donc, et les pages accessibles ne se présentent plus dans l'ordre de lecture. Cela tient à l'imprimerie traditionnelle, où la mise en page dépend de la reliure : avant d’être exposées, les doubles feuilles étaient emboîtées les unes dans les autres et pliées pour établir la séquence de lecture — séquence que leur transformation en objet d’art fait disparaître au profit d’une autre expérience.
Photographies
Chroniques de l’éphémère expose les dix photographies tirées du cahier, chacune liée à un moment de vie à l’origine d’une chronique. Dans le contexte du livre, la photographie entre en dialogue avec le texte qui l’accompagne et qui, à la manière d’une légende, relate les événements ayant motivé la prise de l’image et en fixe le sens. Détachée du livre et présentée comme tirage artistique, la même photographie perd cet ancrage — elle s’ouvre à toutes les interprétations et s’impose du même coup comme un objet d’art à part entière.


Installation
Poursuivant la présentation des éléments du livre défait, l'exposition propose une installation réunissant une centaine de couvertures d'ouvrages épinglées au mur comme une collection de papillons. Disposées en rangées, elles suggèrent une immense bibliothèque dont les volumes auraient été vidés de leurs pages : au lieu des dos alignés, le regard rencontre l'intérieur nu des reliures. Cette Bibliothèque des mots disparus dépasse le simple témoignage de l'enveloppe du livre dissocié : elle devient la trace d'un contenu absent — récit, pensée, savoir ou mémoire — dont elle conserve la présence.
Série: 10 œuvres
Titres: XXI à XXX
Dimension: 24 x 33 cm
Édition: 4 à 6 exemplaires
Impression pigmentaire sur papier baryté Harman Gloss FB AI, 350 g/m²
Dimension: 20 x 26 cm
Édition: 21 exemplaires
Encre sur papier Domtar Feltweave blanc opale, 70 lb
Espace: 3 x 3,5 mètres
Bibliotheca Verborum Dilapsorum. Aile nord, 7e étage, 3e rangée, au fond, à gauche
Vidéo
Dans l'exposition, chaque élément du cahier est présenté séparément ; la vidéo The End donne accès à l'intégralité du texte. Pendant trente-deux minutes, le contenu littéraire des Chroniques défile à l'écran à la manière d'un générique de film, ponctué de plans abstraits de neige qui marquent le passage du temps. Le texte est cette fois complet, mais sa lecture impose ses propres contraintes : le visiteur doit demeurer attentif pendant toute la durée de la projection et suivre le défilement pour ne rien perdre. Comme les autres éléments de l'exposition, The End rend l'ensemble accessible tout en le maintenant difficile à saisir dans sa totalité. Cette vidéo fait du temps une expérience concrète plutôt qu'une abstraction : comme les récits eux-mêmes, elle ne peut être ni retenue ni rejouée à volonté — elle passe, et avec elle, le texte qu'elle porte.
Série: 10 œuvres
Titres: Pages 82-119, 84-117, etc.
Couverture de livres et clous
Pièce unique
The End. Œuvre vidéographique silencieuse
Durée: 32 minutes
Édition: 5 exemplaires
Impression pigmentaire sur papier coton Breathing Color Elegance Velvet, 300 g/m²
Série: 10 œuvres
Titres: XXI à XXX
Dimension: 33 x 48 cm
Édition: 21 exemplaires