Augustin Rioux

Artiste québécois, Augustin Rioux développe une pratique qui associe photographie, installation, sculpture, peinture et image en mouvement. Son travail s’intéresse aux conditions d’apparition de l’image, à sa matérialité et aux relations qu’elle entretient avec la mémoire, l’absence et le regard.

Son parcours s’est d’abord construit dans les arts de la scène, notamment à travers la scénographie et la mise en scène, ainsi que dans le montage cinématographique. Ces expériences ont durablement marqué sa manière d’aborder les arts visuels : l’image y est rarement envisagée de façon isolée, mais dans ses rapports à l’espace, au temps, à la présence des corps et à la position du spectateur.

Cette expérience de l’espace, du montage et de la construction visuelle se prolonge aujourd’hui dans une pratique où les moyens plastiques sont déterminés par les nécessités propres à chaque projet. Une attention particulière est accordée à la fabrication, aux matériaux, aux surfaces et aux modes de présentation, autant qu’à la capacité des images à produire des associations et à faire persister certaines formes dans la mémoire.

Des références à l’histoire de la peinture et de la photographie y rencontrent des techniques et des comportements visuels contemporains. Ces différentes temporalités constituent moins des références à concilier qu’un espace de travail où peuvent subsister écarts, ambiguïtés et résonances. L’ensemble de cette recherche trouve son cadre dans Les fleurs de l’œil, projet au long cours qui réunit la production plastique d’Augustin Rioux.

Cette dynamique repose moins sur la continuité que sur la résonance. Les œuvres ne constituent ni les fragments d’un récit général ni les étapes d’un programme prédéterminé. Elles forment un réseau de correspondances mobiles dans lequel rapprochements, écarts et réapparitions produisent progressivement de nouvelles significations. Ce qui vient s’ajouter transforme ainsi l’ensemble autant qu’il est lui-même infléchi par ce qui le précède.

Le travail met également en tension des régimes visuels appartenant à des temporalités différentes. Des références issues de l’histoire de la peinture peuvent côtoyer des usages contemporains de l’image photographique, tandis que des procédés de reproduction peuvent être réinvestis dans des formes singulières et matérielles. Il ne s’agit pas de produire une synthèse entre ces registres, mais d’en maintenir les écarts, les survivances et les frictions.

Les fleurs de l’œil ne tend ainsi vers aucune forme définitive. Son ouverture constitue moins un horizon à atteindre que son mode même de développement : le projet se précise et se transforme à mesure qu’il s’étend.

L’ensemble de la production plastique d’Augustin Rioux s’inscrit dans un même grand œuvre, Les fleurs de l’œil, conçu comme un territoire de création en expansion constante.

Les fleurs de l’œil se construit comme un corpus ouvert, constitué d’œuvres et de projets autonomes dont les relations se redéfinissent au fil de leur apparition. Photographie, peinture, sculpture et installation y participent d’une recherche commune sur les formes de présence de l’image, ses transformations et les rapports qu’elle instaure avec le regard.

La démarche procède par déplacements, reprises et mises en relation. Une image, un motif ou une structure peuvent migrer d’une œuvre à l’autre, changer de statut, de support ou d’échelle, et acquérir ainsi de nouvelles fonctions. Ces circulations n’abolissent jamais l’autonomie des œuvres : chacune possède son propre régime, sa temporalité et sa cohérence. Le corpus se développe selon une logique de constellation, où chaque nouvel élément reconfigure rétrospectivement les relations déjà établies et en déplace la lecture.

Perspective